Les acheteurs hédoniques et la relecture de l'abandon de panier
Une partie de l'abandon de panier ne relève pas d'un problème d'utilisabilité
- Une motivation d'achat utilitaire répond à un besoin fonctionnel réel par un processus logique de résolution de problème ; une motivation hédonique recherche le plaisir et la satisfaction de l'expérience de navigation elle-même, indépendamment de l'achat final.
- Six catégories de shopping hédonique ont été identifiées par Arnold et Reynolds (2003) : le shopping d'aventure (stimulation), le shopping de gratification (amélioration de l'humeur), le shopping social (plaisir de l'interaction), le shopping d'idées (rester à jour des tendances), le shopping de rôle (plaisir d'acheter pour autrui), et le shopping de valeur (plaisir de trouver de bonnes affaires, sans nécessairement les saisir).
- 67,89 % des paniers d'achat en ligne seraient abandonnés selon le Baymard Institute, un taux qu'aucune réduction de friction du tunnel ne peut ramener à zéro si une partie de ce trafic n'a jamais eu l'intention d'acheter à cette visite.
- Pour un acheteur hédonique, l'expérience de navigation constitue déjà le résultat recherché, contrairement à l'hypothèse implicite de la plupart des outils d'optimisation de panier qui présument un abandon toujours regrettable.
- 80 % des e-commerçants n'enverraient aucun email déclenché après un abandon de panier, alors que 78 % des marketeurs ayant testé ce type d'email en rapportent un succès bon à excellent.
Deux logiques d'achat, deux réponses différentes à l'abandon
La distinction entre motivation utilitaire et motivation hédonique, établie par Arnold et Reynolds dans leur étude de 2003 sur les motivations de shopping hédonique, sépare deux logiques d'achat fondamentalement différentes. Un acheteur utilitaire aborde le site avec un besoin fonctionnel réel et un processus de résolution de problème relativement logique : il cherche un produit précis, compare, décide, achète. Un acheteur hédonique recherche avant tout le plaisir, le divertissement ou la satisfaction que procure l'expérience de navigation elle-même, l'achat final n'étant qu'une conséquence possible mais non nécessaire de cette expérience.
Cette distinction reformule le problème de l'abandon de panier : pour un acheteur hédonique, la navigation constitue déjà le résultat recherché, il n'a pas besoin d'acheter pour obtenir satisfaction. Aucune réduction de friction du tunnel de paiement, aussi soignée soit-elle, ne peut convertir cette partie du trafic dès la première visite, puisque son intention initiale n'était jamais réellement orientée vers l'achat immédiat.
Six profils de shopper hédonique, six leviers d'engagement
Arnold et Reynolds distinguent six catégories de motivation hédonique :
- Shopping d'aventure : recherche la stimulation et l'exploration.
- Shopping de gratification : vise l'amélioration de l'humeur par l'acte d'achat lui-même.
- Shopping social : tire sa satisfaction du plaisir de l'interaction, avec d'autres acheteurs ou avec le vendeur.
- Shopping d'idées : cherche à rester informé des tendances et des nouveautés sans intention d'achat immédiate.
- Shopping de rôle : procure le plaisir d'acheter pour quelqu'un d'autre.
- Shopping de valeur : recherche le plaisir de trouver de bonnes affaires, indépendamment de la décision de les saisir réellement.
Un cadre d'engagement en six leviers (attention focalisée, utilisabilité perçue, endurabilité de l'expérience, nouveauté, esthétique, implication ressentie) se pondère différemment selon le profil visé, avec des tactiques dédiées à chaque catégorie : une imagerie riche et multimédia convient aux acheteurs d'aventure, un ton encourageant et non pressant aux acheteurs de gratification, des avis et fils sociaux intégrés aux acheteurs sociaux, des newsletters axées sur les tendances aux acheteurs d'idées, des messages ciblés sur le don aux acheteurs de rôle, et un flux d'offres exclusives aux acheteurs de valeur.
Cultiver l'abandon plutôt que le combattre à tout prix
Puisqu'une partie substantielle du trafic n'a jamais eu l'intention d'acheter dès la première visite, la relance par email devient l'outil privilégié pour convertir cette catégorie de visiteurs dans la durée plutôt qu'en une seule session. Plusieurs statistiques sectorielles appuient cette approche : 77 % des consommateurs déclarent préférer le marketing par email pour ce type de relance, alors que 80 % des e-commerçants n'envoient encore aucun email déclenché après un abandon de panier, malgré un taux de succès jugé bon à excellent par 78 % des marketeurs qui l'ont testé.
Deux outils techniques facilitent la capture de l'email nécessaire à cette relance avant même l'abandon effectif : une landing page dédiée à un objectif de conversion unique, selon le principe déjà formulé par Oli Gardner (« une page, un objectif, point final »), et une technologie de détection d'intention de sortie qui déclenche une offre ciblée au moment précis où le visiteur s'apprête à quitter la page, avant que l'abandon ne devienne définitif.
FAQ
Pourquoi certains abandons de panier ne peuvent-ils jamais être évités par une simple réduction de friction ? Parce qu'une partie du trafic est composée d'acheteurs hédoniques, dont la satisfaction recherchée est l'expérience de navigation elle-même plutôt que l'achat final. Pour ce profil, l'abandon du panier ne signale pas un obstacle technique ou un doute non résolu, mais l'aboutissement normal d'une visite dont l'objectif n'était jamais réellement l'achat immédiat.
Quelle est la différence entre un acheteur utilitaire et un acheteur hédonique ? Un acheteur utilitaire répond à un besoin fonctionnel réel par un processus logique de résolution de problème : il cherche, compare, décide, achète. Un acheteur hédonique recherche le plaisir, le divertissement ou la satisfaction que procure l'expérience de navigation elle-même, l'achat n'étant qu'une conséquence possible mais non nécessaire de cette expérience.
Quelles sont les six catégories de shopping hédonique identifiées par Arnold et Reynolds ? Le shopping d'aventure (stimulation), le shopping de gratification (amélioration de l'humeur), le shopping social (plaisir de l'interaction), le shopping d'idées (rester à jour des tendances), le shopping de rôle (plaisir d'acheter pour autrui), et le shopping de valeur (plaisir de trouver de bonnes affaires, sans nécessairement les saisir).
Comment adapter une stratégie marketing à un acheteur social plutôt qu'à un acheteur d'aventure ? Un acheteur social répond mieux à des avis et des fils sociaux intégrés à l'expérience d'achat, qui nourrissent le plaisir de l'interaction qu'il recherche. Un acheteur d'aventure, à l'inverse, répond mieux à une imagerie riche et multimédia qui alimente sa recherche de stimulation et d'exploration, une tactique bien moins pertinente pour l'acheteur social.
Pourquoi la relance par email reste-t-elle particulièrement adaptée aux acheteurs hédoniques ? Parce qu'elle permet de cultiver la relation dans la durée plutôt que de chercher une conversion immédiate impossible à obtenir dès la première visite. 77 % des consommateurs déclarent préférer le marketing par email pour ce type de relance, et 78 % des marketeurs l'ayant testé après un abandon de panier en rapportent un succès bon à excellent.
Combien d'e-commerçants exploitent réellement l'email de relance après abandon de panier ? Seule une minorité : 80 % des e-commerçants n'enverraient encore aucun email déclenché après un abandon de panier, malgré un taux de succès jugé bon à excellent par la grande majorité des marketeurs qui l'ont testé, ce qui représente une opportunité largement sous-exploitée.
Une landing page à objectif unique aide-t-elle à convertir un acheteur hédonique ? Elle aide surtout à capturer l'email nécessaire à une relance ultérieure, avant que l'abandon ne devienne définitif, en complément d'une technologie de détection d'intention de sortie qui déclenche une offre ciblée au moment précis où le visiteur s'apprête à quitter la page. Ces deux outils ne convertissent pas nécessairement l'acheteur hédonique sur le moment, mais préservent le contact pour une conversion différée.