Onze stratégies pour vendre une commodité plus cher
En 1900, alors que la France comptait moins de 3 000 automobiles, Michelin a distribué 35 000 guides gratuits
- Beaucoup d'entreprises vendant des produits commoditisés se sentent piégées ; trois constats renversent cette fatalité : le prix est rarement le seul facteur qui compte, un produit commoditisé n'impose pas une expérience commoditisée, et les entreprises qui gagnent se concentrent sur la valeur vie client plutôt que sur la seule transaction ponctuelle.
- Sur de nombreux marchés en ligne, le gagnant remporte l'essentiel du marché plutôt qu'une part proportionnelle à sa qualité : être deux fois plus rentable que ses concurrents ne nécessite pas d'être deux fois meilleur qu'eux, un léger avantage (slight edge) suffit souvent.
- Proposer un prix d'appel bas puis rentabiliser sur les ventes suivantes, vendre des produits complémentaires (les compagnies aériennes low-cost vendent bagages, sièges, jusqu'à des cartes à gratter en vol), ou créer une offre unique impossible à comparer directement.
- Pratiquer un prix plus bas sur les produits directement comparables et plus élevé sur les autres — les supermarchés appliquent cette logique sur le pain et le lait, dont le prix reste connu de tous, et se rattrapent sur les plats préparés.
- Cibler une niche précise, donner des raisons de ne pas acheter au seul prix (salaire plus juste, garantie supérieure, énergie renouvelable), ou vendre le premier achat à prix cassé pour rentabiliser sur les produits liés (les rasoirs et leurs lames).
- Inclure des récompenses personnelles pour l'acheteur, particulièrement efficace en B2B où il dépense l'argent de son employeur — miles aériens offerts à titre personnel, chocolats glissés dans une commande de fournitures de bureau.
- Recadrer la commodité en solution plutôt qu'en produit (une crème solaire vendue comme protection contre le vieillissement plutôt que simple filtre UV) et donner de l'information gratuite mais réellement précieuse : en 1900, alors que la France comptait moins de 3 000 automobiles, Michelin a distribué 35 000 exemplaires gratuits de son premier guide pour encourager les déplacements en voiture.
- Être présent au bon endroit, au bon moment — des marques de couches offrent des échantillons gratuits en unité néonatale, des fabricants alimentaires négocient un emplacement au niveau des yeux en rayon.
Le léger avantage suffit
Sur de nombreux marchés en ligne, le gagnant remporte l'essentiel du marché plutôt qu'une simple part proportionnelle à sa qualité. Cette réalité porte une implication rassurante : être deux fois plus rentable que ses concurrents ne nécessite pas d'être deux fois meilleur qu'eux — un léger avantage (slight edge) suffit souvent à faire toute la différence.
Onze stratégies
Proposer un prix d'appel bas puis rentabiliser sur les ventes suivantes — de nombreux abonnements (accès internet, télévision) réduisent leurs frais les premiers mois. Vendre des produits ou services complémentaires — les compagnies aériennes low-cost, expertes en la matière, vendent bagages, sièges, embarquement prioritaire et jusqu'à des cartes à gratter en vol. Créer une offre unique impossible à comparer directement — des forfaits mobiles incluant un abonnement streaming échappent à la comparaison frontale de prix. Pratiquer un prix plus bas que la concurrence sur les produits directement comparables, plus élevé sur les autres — les supermarchés appliquent cette logique sur le pain et le lait, dont le prix reste connu de tous, et se rattrapent sur les plats préparés. Cibler une niche précise au sein d'un marché de commodité — des écrans d'ordinateur « gaming », légèrement différenciés, échappent à la comparaison pure. Donner des raisons de ne pas acheter au seul prix — un salaire plus juste versé aux ouvriers, une garantie supérieure, une énergie renouvelable, autant d'arguments qui déplacent le critère de décision loin du seul prix. Vendre le premier achat à prix cassé puis rentabiliser sur les produits liés — les rasoirs et leurs lames, le matériel de sécurité domestique et son abonnement, appliquent cette logique depuis longtemps. Inclure des récompenses personnelles pour l'acheteur, particulièrement efficace en B2B où l'acheteur dépense l'argent de son employeur — miles aériens offerts à titre personnel, chocolats glissés dans une commande de fournitures de bureau. Recadrer la commodité en solution plutôt qu'en produit — une crème solaire vendue comme protection contre le vieillissement prématuré plutôt que simple filtre UV, des dalles de plafond vendues comme système complet plutôt que composants isolés. Donner de l'information gratuite, peu coûteuse à produire mais réellement précieuse pour le client — en 1900, alors que la France comptait moins de 3 000 automobiles, Michelin a distribué 35 000 exemplaires gratuits de son premier guide pour encourager les déplacements en voiture, donc les ventes de pneus, devenue depuis l'une des stratégies marketing les plus connues de l'histoire. Être présent au bon endroit, au bon moment — des marques de couches offrent des échantillons gratuits en unité néonatale, des fabricants alimentaires négocient un emplacement au niveau des yeux en rayon.
Application pratique
Face à un marché où le prix semble être le seul argument qui compte, la question à poser n'est pas laquelle des onze stratégies appliquer d'un coup, mais laquelle compte le plus pour ses propres clients — puis, une fois ce léger avantage construit et consolidé, laquelle choisir ensuite plutôt que de se reposer sur ce premier gain.
FAQ
Pourquoi le prix n'est-il pas nécessairement le seul facteur qui compte sur un marché de commodités ? Parce qu'un produit commoditisé n'impose pas nécessairement une expérience commoditisée, et parce que les entreprises qui gagnent se concentrent sur la valeur vie client plutôt que sur la seule transaction ponctuelle. Trois constats renversent l'impression de fatalité que ressentent de nombreuses entreprises face à une concurrence uniquement basée sur le prix.
Qu'est-ce que le « léger avantage » (slight edge), et pourquoi suffit-il souvent à dominer un marché en ligne ? Sur de nombreux marchés en ligne, le gagnant remporte l'essentiel du marché plutôt qu'une simple part proportionnelle à sa qualité. Cette réalité implique qu'être deux fois plus rentable que ses concurrents ne nécessite pas d'être deux fois meilleur qu'eux : un léger avantage suffit souvent à faire toute la différence.
Comment les compagnies aériennes low-cost appliquent-elles la stratégie de vente de produits complémentaires ? Elles vendent bagages, sièges, embarquement prioritaire et jusqu'à des cartes à gratter en vol, plutôt que de compter uniquement sur le prix du billet lui-même. Cette diversification leur permet de rester compétitives sur le prix affiché tout en rentabilisant la vente par d'autres canaux.
Comment les supermarchés pratiquent-ils un prix différencié entre produits comparables et non comparables ? Ils pratiquent un prix plus bas que la concurrence sur les produits directement comparables, comme le pain et le lait dont le prix reste connu de tous, et se rattrapent sur les produits moins comparables comme les plats préparés, dont le prix est plus difficile à évaluer par le client.
Comment recadrer une commodité en solution plutôt qu'en simple produit ? Une crème solaire peut être vendue comme protection contre le vieillissement prématuré plutôt que comme simple filtre UV, et des dalles de plafond comme système complet plutôt que comme composants isolés. Ce recadrage déplace la comparaison du client loin du seul prix du produit brut.
Que révèle l'exemple du premier guide Michelin sur la stratégie d'information gratuite ? En 1900, alors que la France comptait moins de 3 000 automobiles, Michelin a distribué 35 000 exemplaires gratuits de son premier guide pour encourager les déplacements en voiture, et donc les ventes de pneus. Cette stratégie, devenue depuis l'une des plus connues de l'histoire du marketing, montre comment une information gratuite mais réellement précieuse peut servir un objectif commercial de long terme.
Pourquoi les récompenses personnelles pour l'acheteur sont-elles particulièrement efficaces en B2B ? Parce que l'acheteur dépense l'argent de son employeur plutôt que le sien, ce qui rend une récompense personnelle (miles aériens offerts à titre personnel, chocolats glissés dans une commande de fournitures de bureau) particulièrement motivante sans peser sur le budget qu'il gère.
Comment choisir laquelle de ces onze stratégies appliquer en premier face à un marché dominé par le prix ? La question à poser n'est pas laquelle appliquer d'un coup, mais laquelle compte le plus pour ses propres clients. Une fois ce léger avantage construit et consolidé, il devient possible d'en choisir une autre plutôt que de se reposer indéfiniment sur ce premier gain.